Le temps
Il y a chez moi un grand sablier.
Il est constellé de petits défauts qui tourmentent la lumière.
Ce sablier, chaque matin, je le retourne.
Un jour que j’avais oublié, le temps s’en est arrêté.
Vous ne l’avez pas senti ?
Vous ne pouviez pas, tout était détenu.
Quand le sable ne bruisse pas, le temps ne passe pas.
Dans quoi passerait-il ?
J’ai retourné le sablier et ça a repris.
Peut-être, direz-vous, le temps n’est-il que local,
Bien à soi, chacun très différent d’un autre.
Et pourtant.
Souvenez-vous que, quelque part, il y a un homme, moi,
Qui chaque matin retourne un sablier,
Et donne fait le temps.
Inutile démiurge,
Si j’oublie, c’est comme si rien n’arrivait.
Le temps ne passe jamais.
Tout continue d’arriver.
