abordages

Cormorans

nglué de noir, l’un de mes premiers souvenirs Que les entrailles de l’Amoco Cadiz avaient crevé Une silhouette de navire sombre Cormoran breton Bel oiseau ventru qui semblait rire De mon passage et de nous Cormoran patagon Ces noirs qui plongent et disparaissent Dont j’ignore les cris On les voit sur les roches ou les arbres Sécher leurs plumes, ailes déployées Cormoran parisien Ils sont ma patrie Mon enfance Ma longue vie Mes joies Mes lieux et mes larmes

 
 

Ménage

’abord, il y a l’horreur du terme. Femme de ménage. C’est une femme qui, littéralement, appartient à son activité. Une essentialisation de la servitude. C’était avec quelques collègues, j’avais tiré la discussion de sous le tapis des platitudes que semblent générer les machines à café d’entreprise. La plupart n’y voyaient pas malice ; seul l’un d’entre eux, bien qu’ayant les moyens, déclara n’en avoir jamais employé – mais sans trop savoir pourquoi. Alors, bien sûr, pour détendre l’atmosphère, il peut y avoir des cas où je comprends : dépendance, maladie, handicap, grand âge, surmenage suite à un changement de vie… Mais je ne comprends pas qui emploie « quelqu’un » tout en trouvant le temps de faire du sport, de (...)

 
 

La quête de l’ultime

urieuse activité que la course au large. Pour avancer au plus vite, il faut sauter de dépression en dépression. Courir les océans est une confrontation à l’espace et au temps, dit Thomas Coville en préface. Quoi de plus ? Je veux dire, se confronter à l’espace et au temps n’est-ce pas, essentiellement, la vie ? Ensuite, Alexandre Chenet et Renaud Garreta prennent la barre et nous emmènent dans le sillage d’un grand projet que le marin a tenu à bout de bras pendant des années : une course autour du monde en solitaire, en trimaran classe ultime, des monstres devenus volants. Son projet marquera peut-être davantage l’histoire que son record, au premier plan de la bande dessinée. Cette nouvelle course, (...)

 
 

Une nuit au concert

n concert de musique classique, ça faisait des années. J’en écoute beaucoup, pourtant ; mais le temps passe et les salles de concert feutrées restaient loin. Une amie de ma compagne qui ne peut se rendre à la philharmonie, cette grande boite de conserve dont un architecte génial a fait une œuvre d’art, à côté du périphérique, à l’est de Paris. Nous mangeons, ma compagne insiste, il est vingt heures, ma fille rechigne à voir s’envoler son histoire du soir, j’hésite, ça commence à 20h30. Allez. Je saute sur ma vénérable 750, 22 ans et quelques fuites d’huile noire. On blinde et on y laisse de la gomme sur le bitume, on ne s’en veut pas, on se connaît bien tous les deux. Approchant du périph je me rends compte que (...)

 
 

Le puits

’est une fable, un conte métaphorique, un petit récit d’aventures. Deux enfants tombent dans un puits, deux frères. Le grand représente la rationalité, le devoir ; le petit représente le rêve et la poésie. Mais ils ne parviennent pas à remonter et en sont rapidement réduits à manger vers et insectes pour survivre à leur interminable enfermement terreux. On ne sait qui les y a poussés, on devine que la mère y est pour quelque chose. Cent vingt pages environ, et c’est bien assez, tant il est difficile de tenir la longueur dans quelques mètres carrés à sept mètres de profondeur. Le mieux à faire, avec ce cours roman, est de se laisser aller avec les images. Pour le reste, c’est tout de même proche de la grande (...)

 
 

Transmission d’un virus

es crises sont parfois le passage, la transition entre deux états, deux époques. Et même lorsqu’elles ne le sont pas elles révèlent, décantent le contexte qui les voient naître. Malgré la myopie qui nous saisit à l’heure de nous intéresser au présent, il faut penser celles qui adviennent. En juin 2020 – date de rédaction de ces lignes – nous ne savons pas si l’épidémie mondiale de Covid-19 sera, avec le recul de l’histoire, une crise majeure. Mais, dans le feu du présent, nous pouvons en faire l’hypothèse. Essayons donc, sans prétention mais avec application, de penser ce que nous vivons. Peut-être en subsistera-t-il deux ou trois idées valables. Malgré la modernité La pandémie de ce nouveau Coronavirus qui (...)

 
 

Bullshit economy

l me semble que David Graeber est un des penseurs les plus importants des temps présents. Voici qu’il publie un article où il s’interroge sur la « bullshit economy »… Premier constat, il y a bien un bouton “pause” ou “arrêt” au capitalisme, la crise du Covid-19 l’a montré. L’économie n’est pas – qui l’a jamais cru, à part les idéologues ou les crédules – une entité autonome de la volonté humaine. Le fait que tant de superflu ait été arrêté pendant cette crise amène Graeber à poser la question de ce qu’est réellement l’économie. Et force est de constater que l’économie à laquelle pensent les pouvoirs est essentiellement la production de surplus, d’inutile. « Relancer l’économie » c’est essentiellement permettre aux (...)

 
 

Brigades de solidarité populaire

n pleine période de confinement, un jour que j’allais faire mes courses, je vois une annonce manuscrite sur une vitrine : « Collecte solidaire de quartier – En ces temps difficiles, les initiatives se multiplient pour venir en aide aux personnes précaires qui souffrent tout particulièrement du confinement. C’est pourquoi je collecte dans le quartier… etc. », le tout signé d’une certaine « Jeanne ». Le mot solidarité, chez moi, c’est ainsi, réveille toujours quelque chose. Aux courses, j’achète donc ce qu’ils mentionnent : conserves, dentifrice, fournitures scolaires. Et le soir, j’appelle Jeanne. Le lendemain, un couple de jeunes passe prendre mon sac au pied de mon immeuble. Avant de nous quitter je leur (...)

 
 

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