abordages

Ce que la vie signifie pour moi

Jack London
Les éditions du sonneur
2015

agnifique texte de Jack London, fait de sa verve, de son style direct et coupant comme la réalité. Il y raconte comment, né dans la classe ouvrière de la côte ouest américaine il commence par rêver, puis essaie de rejoindre le haut du panier. Là où les femmes sont richement habillées, où l’on mange à sa faim des choses bonnes et où l’intellect est sensé briller. Après avoir jeté comme on lance un dé quelques éléments de sa biographie - dont sa découverte du socialisme et de la révolution -, il parvient à côtoyer des gens de la haute. Il n’y rencontre que matérialisme, hypocrisie et découvre que, « dès qu’il s’agissait d’affaires leur moralité était nulle ». Il y rencontre des capitaines d’industrie qui se disent pacifistes et en font des diatribes enflammées, mais n’hésitent pas à armer des sociétés de détectives pour combattre les grévistes dans leurs usines. Il met le doigt sur le pire, le plus douloureux et le fondement du capitalisme, l’incroyable possible : que des hommes vivent du fruit du travail d’autres hommes. Mais surtout, et c’est en majuscule qu’il le dit, il n’y rencontrait presque personne de VIVANT.

Ainsi est-il retourné à la classe ouvrière. Et que ça fait du bien de lire cette fulgurance de London socialiste et révolutionnaire. Jusqu’au bout.
« Ainsi suis-je retourné à la classe ouvrière dans laquelle je suis né et à laquelle j’appartiens. Je n’ai plus envie de monter. L’imposant édifice de la société qui se dresse au dessus de ma tête ne recèle plus aucun délice à mes yeux. Ce sont les fondations de l’édifice qui m’intéressent. Je suis content d’y travailler, la barre à mine à la main, épaule contre épaule avec les intellectuels, les idéalistes et les ouvriers qui ont une conscience de classe - et nous donnons de temps en temps un bon coup de cette barre à mine pour ébranler tout l’édifice. Un jour, lorsque nous aurons un peu plus de bras et de barres à mine, nous le renverserons, lui et toute sa pourriture et ses morts non enterrés, son monstrueux égoïsme et son matérialisme abruti. Puis nous nettoierons la cave et construirons une nouvelle habitation pour l’humanité. Là, il n’y aura pas de salon, toutes les pièces seront lumineuses et aérées, et l’air qu’on y respirera sera propre, noble et vivant.
Telle est ma vision. J’aspire à un temps où l’homme aura une perspective plus haute et plus vaste que son ventre. Un temps où l’homme sera poussé par un stimulant plus intéressant que le stimulant d’aujourd’hui, qui est celui de son ventre. Je conserve ma foi en la noblesse et l’excellence de l’être humain. Je crois que la douceur spirituelle et la générosité finiront pas avoir raison de la grossière gloutonnerie actuelle. Et, pour conclure, ma foi va à la classe ouvrière. Comme le disait un Français : "L’escalier du temps résonne à jamais du bruit des sabots qui montent et de celui des souliers cirés qui descendent" ».
Newton, Iowa, Novembre 1905


 
Leo S. Ross
25 décembre 2015

 
 
 
 
 
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