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Le gouvernement des actionnaires

Relevé au compas - 1

Dans une interview parue dans le magazine Le Point, publiée en ligne le 28 août 2014, Emmanuel Macron – l’homme sera nommé ministre de l’économie le lendemain – se disait « favorable au fait d’autoriser les entreprises et les branches à déroger aux 35 heures, en cas d’accords avec les organisations syndicales. »
Il déclare qu’une telle mesure permettrait de « sortir de ce piège où l’accumulation des droits donnés aux travailleurs se transforme en autant de handicaps pour ceux qui ne travaillent pas », une idée qu’il juge cependant « difficile à expliquer et à porter, spécialement quand on est de gauche ». « Là où être socialiste consistait à étendre les droits formels des travailleurs, la réalité nous invite à réfléchir aux droits réels de tous, y compris et surtout de ceux qui n’ont pas d’emploi. »

Regardons.

1/ « Sortir du piège » : le premier sens de « piège » décrit un dispositif créé intentionnellement. Macron suggère ainsi que c’est contre de perfides et délétères intentions qu’il faut se lever. Ça ressemble à de la lutte des classes.

2/ « Sortir du piège de l’accumulation des droits » : par un incroyable renversement, « l’accumulation », terme historiquement utilisé pour décrire l’accaparement du capital, décrit chez Macron un nombre abusif de « droits ». Sa logique est la suivante : le marché du travail est trop rigide, il faut l’assouplir pour que les employeurs puissent employer. Selon lui et ses collègues ministres le coût du travail serait trop élevé. Pourtant le « surcoût » du capital en 2011 était évalué à 70%. Durant la période 1961-1981 il n’était que de 13,8 %(*). L’indécente accumulation est donc du côté des actionnaires, pas des salariés et chômeurs. Le problème est le coût du capital, pas celui du travail.

3/ « Droits donnés aux travailleurs » : pour Macron, les droits sont « donnés » aux travailleurs. Comme s’ils ne les gagnaient pas à la sueur de leurs luttes, de leurs grèves. Non. Pour lui, il n’est que l’État qui accorde des droits... qui finissent pas « s’accumuler » bêtement.

4/ « Se transforme en autant de handicaps pour ceux qui ne travaillent pas » : Macron confirme ce que le terme « accumulation » laissait entrevoir, c’est à dire que c’est mauvais. Innovation rhétorique : cette fois il ne s’agit pas d’un handicap pour les « entreprises » que le premier ministre aime tant, mais pour les chômeurs.

5/ Une idée qu’il juge cependant, dans sa grande clairvoyance, « difficile à expliquer et à porter, spécialement quand on est de gauche » : il n’est pas question pour Macron de se poser la question politique, éthique, de la légitimité de son idée. Non, il ne voit que la difficulté à expliquer. En somme, un simple souci de com’. Pour lui comme pour toute la classe politique, la difficulté n’est pas dans l’éthique ; ils ont les idées très claires sur ce qui est bon. Pour eux et leurs amis. Donc pas pour le peuple. La difficulté résiduelle n’est qu’une difficulté de communication.

6/ Entracte tardif : Macron fait une obscure et absurde différence entre droits « formels » et « réels ».

7/ « Y compris et surtout de ceux qui n’ont pas d’emploi » : autrement dit, les droits des plus précaires, les chômeurs, doivent être la toise servant à raboter les droits de ceux qui ont un travail. Ce qui fera du bien aux bénéfices de son ancien employeur la banque Rothschild, et à tous les actionnaires.

En une phrase Macron livre un concentré de l’idéologie libérale au pouvoir, et, en passant, de sa bêtise.

Que ce type soit ministre dans un gouvernement qui prétend encore être « de gauche » ne peut s’expliquer que d’une façon : ce gouvernement ne travaille en fait que pour les capitalistes.

***

 
(*) Étude du Clersé citée dans un article du Monde Diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/07/cordonnier/49354


 
Leo S. Ross
23 octobre 2014

 
 
 
 
 
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