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Pas de retraite

Reculer l’âge de la retraite à 64 ans ? Voilà ce qui arrivera : on verra toujours plus de vieux traîner la patte à des tâches ingrates, obligés de trimer pour survivre. On verra des gens lessivés partir avant, avec moins, parce qu’ils n’en pourront plus. Et le pouvoir continuera à pleurnicher ses larmes de saurien sur le chômage des jeunes et des « seniors ».
La retraite par points ? Voilà ce qui arrivera : dans quelques années, une nouvelle loi – ou une ordonnance – baissera la valeur des points acquis, modifiant ainsi mécaniquement le montant des pensions. C’est ce qui est arrivé dans les pays ayant appliqué cette régression sociale.
Le cœur de cette réforme voulue par Macron n’est pas de rendre le système des retraites plus juste ou d’en « rétablir l’équilibre financier ».
Le but implicite est d’inciter les gens à partir plus tôt que l’âge auquel ils toucheraient une retraite à taux plein, et de baisser les pensions.
Ceux ayant commencé à travailler tôt, les plus pauvres, en paieront le prix fort puisqu’ils devront partir plus tard. Alors que ce sont les travailleurs qui ont la plus faible espérance de vie.
La crainte de rentes trop faibles ou trop tardives incitera les gens à prendre des complémentaires retraites. À capitaliser.
Depuis des années ils essaient de mettre à bas le système des retraites par répartition pour injecter dans le circuit capitaliste les formidables sommes qui sont aujourd’hui directement versées des salariés aux retraités. Sommes gigantesques que convoitent des entreprises comme BlackRock ou Malakoff Médéric.
Si l’objectif était de rendre les retraites plus justes, alors l’âge des départs serait indexé sur l’espérance de vie par métier (et alors les policiers ne partiraient pas avant les égoutiers, les ouvriers ou les chirurgiens).
Si l’objectif était d’optimiser le financement des retraites, alors il faudrait revenir sur les invraisemblables exonérations de cotisations patronales de ces dernières décennies, embaucher, augmenter les salaires.
Mais cela signifierait réduire les dividendes des actionnaires. Impossible pour le pouvoir.
Cette question des retraites va bien au-delà de la façon dont nous préparons nos vieux jours.
La grève et le mouvement social en cours sont un moment historique pour contrer l’offensive libérale. Si nous perdons, ils dérouleront leur agenda comme en Allemagne ou en Angleterre.
Macron, dernier avatar de la social-démocratie pourrissante – au fond, quelle différence entre sa politique et celle de Hollande et sa Loi travail ? Juste qu’il est plus arrogant, plus outrancier –, a été porté au pouvoir par les grandes puissances économiques. Depuis, il travaille à les satisfaire. En supprimant leurs impôts ou en appliquant leur programme économique libéral, appuyé et promu par la Commission européenne.
Le seul héritage des travailleurs ce sont les acquis sociaux légués par leurs aînés. La force de ce mouvement, c’est la grève et la solidarité.
Aujourd’hui, il s’agit d’arrêter Macron et son gouvernement.
Il ne leur reste que la police et ses violences, ce qui ressemble tant à ce que ferait l’extrême droite... « faire barrage », qu’ils disaient. Mais si nous sommes très nombreux, cette milice ne leur suffira plus.
Donc, le 17 décembre 2019, tout le monde dans la rue.
Et il faudra pousser.
Et un de ces jours, un monde nouveau en naîtra.


 
Leo S. Ross
15 décembre 2019

 
 
 
 
 
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