abordages

Recyclage de critique

Relevé au compas - 6

Je me disais bien qu’il manquait quelque chose. Aux pathétiques et nauséabonds succès de Trierweiler et Zemmour s’ajoute maintenant les petits flops flops de Houellebecq.
La lecture de ce billet et quelques autres choses entendues me conforte dans l’idée de ne pas consacrer de temps à son « Soumission ».

Alors je recycle une vieille petite critique, publiée en juin 2003. Avec le temps, il est devenu un peu plus crétin. Apparemment, son style ne s’est pas amélioré. Et plus de dix ans de crasse politique ont passé. Alors je veux bien croire Bourmeau : « son dernier roman est dangereux, participant comme beaucoup de choses, petites et grandes, toujours laides, à rendre, par exemple, la vie en France un peu plus désagréable à tous ceux qui portent un prénom arabe ou qui ont la peau noire. »
Les échos médiatiques de la littérature française sont eux aussi chaque année plus vains. Là où nous aurions besoin d’épique, de décalage, d’invention, d’utopie, de grands espaces, d’humour, d’amour, de solidarité, de combat, de complexité et d’élans, on nous badigeonne d’autofiction, de Trierweiler, Zemmour et Houellbecq.
A nous de causer, c’est la seule option.
Par exemple en ajoutant qu’il y a des perles magnifiques et reconnues, quand même, comme « Pas pleurer » de Lydie Salvayre (Prix Goncourt 2014).

***

Plateforme, Michel Houellebecq
Mardi 24 juin 2003

Une vive polémique à propos des « Particules Élémentaires » m’avait déjà opposé à des amis il y a quelque temps. Après l’avoir lu, je n’avais pas jugé utile d’en faire état. Mais voilà, ça me rattrape. En l’occurrence, c’est un ancien collègue qui m’a prêté « Plateforme » il y a plusieurs mois. J’ai fini par m’y mettre il y a trois ou quatre jours, et je dois dire d’emblée que le finir m’a été assez pénible.
Plateforme, le titre peut être ambitieux. Dès la première page, parlant de « chattes » et de « bites », la conclusion est évidente : Plateforme n’est en rien un titre imagé, dans le sens de surface surélevée, d’élévation quelconque. Non, le roman descend tout de suite. Soit, ce doit être alors « plateforme » au sens d’ensemble d’idées sur lesquelles on fonde quelque chose, des conceptions ou une action.
L’histoire m’a ennuyé. C’est celle d’un fonctionnaire (tout de même d’un bon niveau le fonctionnaire, il gère des fonds pour financer des expositions au ministère de la culture) dont le père est assassiné. Ensuite, désabusé et las de tout, le fonctionnaire – Michel – va en Thaïlande faire du tourisme sexuel. Puis il revient, rencontre une jeune femme qui travaille à la direction d’une agence de voyage (là encore, une simple employée eut été un peu pingre) ; il en tombe amoureux, serait presque heureux. Elle participe au développement d’une offre de « tourisme de charme ». A la fin, il voudront s’installer définitivement là-bas, sous les cocotiers. Mais de stupides terroristes viennent gâcher cette belle fin en tuant tout le monde (et c’est alors, à la fin, que s’éclaire le sens, le symbole, de l’incongru assassinat du début : l’histoire est balisée par ces morts qui se font face, miroirs du morbide occidental. Fallait y penser, non ?).
Si ça m’a ennuyé, ce n’est pas tant par le manque d’imagination, la pauvreté de l’intrigue... c’est surtout pour la longueur : se voir infliger pendant des dizaines de pages les descriptions du fonctionnement des agences de tourisme, de leurs marché, pour en venir à ce qui était clair dès la rencontre entre Michel et Valérie, à savoir que le groupe Aurore (où travaille Valérie) va développer une offre orientée tourisme sexuel, est usant. C’est long, usant, et assez trivial.
En guise de trivialité d’ailleurs, la fornication prête largement le flanc : tous, de façon très régulière au fil des pages, ne cessent de baiser. Non, certes : pas les lapins du père de Valérie. Tout, pour Houellebecq, tourne autour du sexe. Rien d’autre n’existe. Bon. Et les occidentaux ne sauraient plus faire l’amour, les blanches en particulier, frigides et ennuyeuses, seraient au dessous de tout. D’où le tourisme sexuel. C’est même plus profond : les sociétés occidentales en sont malades ! On ne baise plus, alors même que ce serait selon Michel le seul moment où l’on se sente vraiment vivre. Mais ça ne marche pas. Encore une fois, tous ne cessent de forniquer dans tous les sens, en tout lieu et avec n’importe qui. D’où la nécessité du tourisme sexuel ? (dont la mise en avant dans l’offre de la chaîne d’hôtels est un « énorme » succès). D’où le malaise de la société ? (les protagonistes ont tous l’air de parvenir à s’épanouir sexuellement, au moins autant que s’épanouissent les platitudes des descriptions de leurs ébats, qui sont par exemple « les seuls moments où le corps exulte du seul bonheur de vivre »... pfiou...).
Les dialogues... peut-être les dialogues peuvent-ils nous tirer de l’impression de gratuité que les innombrables scènes de cul produisent. Hélas ! Il y en a fort peu, le roman étant certes à la première personne. Quand il y en a, on atteint des sommets :
« - Tu es quand même une fille bizarre, Valérie.
 - Ce n’est pas moi qui suis bizarre, c’est le monde autour de moi ».
Tant d’audace littéraire émeut.
A la lecture du précédent bouquin de Houellebecq, j’avais déjà remarqué sa propension à faire « prendre conscience » à ses personnages. « Plateforme » confirme : Michel ne cesse de prendre conscience de tas de choses, dès qu’il fait quelque chose, qu’il dit quelque chose, qu’il constate une situation, il prend conscience de diverses choses, de divers sentiments. Cette fois d’ailleurs, je les ai comptées, tellement l’impression de répétition m’a marqué : 40 fois tout au long du roman qui ne compte pas tant de descriptions où placer ces prises de conscience. De fait, dès qu’il décrit quelque chose ou à peu près, Michel « prend conscience ». Bon, la répétition est peut-être voulue, sorte de miroir d’une lacune moderne de notre société ? Non. Rien, juste quelques gentilles évidences. Par exemple, prendre conscience de la vacuité de la « civilisation des loisirs », excusez du peu. De plus, tous les personnages prennent conscience, ce n’est même pas un trait de caractère particulier. Parfois jusqu’à trois fois par page. Non, ça ne semble être qu’un vilain tic d’écriture.
D’ailleurs, la psychologie des personnages, m’a paru presque inexistante, ou tout du moins très ténue. Quand à évoluer (parce qu’il leur arrive quand même des choses, aux personnages, faut pas croire...), le summum est probablement Michel, qui après avoir perdu le seul être qu’il ait jamais aimé, fatigué et déprimé, n’a plus aucune envie de comprendre le monde, ni même de le connaître. Or, et il est difficile de soutenir le contraire, cela était déjà son état d’esprit avant la mort de son aimée. Michel a toujours été comme ça. Bref, j’ai trouvé qu’outre le fait que les personnages manquaient singulièrement d’épaisseur, tout ça n’était pas du tout crédible.
Je passe sur les allusions racistes (qui commencent par le fait d’affirmer l’existence de races humaines), sur l’invraisemblance des sept morts suite à une rixe urbaine ou la non moins invraisemblable réaction de la presse française suite à un attentat meurtrier commis par des fondamentalistes islamistes. Je passe parce que, manifestement, ça n’est là que pour accrocher, donner prise à la posture scandalisée. Ses tirades contre l’islam par exemple, elles sont marrantes. On sent qu’il sait que ce n’est pas très raisonnable de mélanger comme ça, de courir trop de lièvres à la fois. Mais la tentation est plus forte. Je regrette juste, amèrement, qu’il n’ait pas lancé les mêmes diatribes à l’égard de toutes les religions : chrétiennes, juives et autres boudhisteries... bref, un peu d’anticléricalisme bas du front, un peu d’athéisme obtus. Dommage, j’aime bien quand on dit du mal des religions.
Pour conclure, je vais citer un ami, qui, intéressé par lire la source de notre querelle, il y a plus d’un an, avait dit à propos des « Particules élémentaires » : « ça se lit bien dans le train ». Pas grand chose à ajouter : ça ne m’a ni scandalisé, et je n’ai même pas à être pour ou contre quoi que ce soit, tellement les thèses qui essaient d’être évoquées sont banales et confuses. De plateforme il n’y en a point, pas même l’ébauche.
Mais je l’ai fini, donc effectivement, ça se lit. Mais si je croisais l’auteur, je crois que je lui demanderais juste s’il n’a pas envie de « prendre conscience » d’autres choses, je ne sais pas moi, du dessin par exemple. Il ferait quelques expositions deux ou trois fois par an, et puis c’est pas mal le dessin, c’est expressif. En plus, ça utiliserait moins de papier et ça lui éviterait de fastidieux et coûteux voyages de documentation chez Nouvelles frontières.


 
Leo S. Ross
4 janvier 2015

 
 
 
 
 
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