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Le Grand Meaulnes

n adolescent tombe amoureux d’une jeune fille, à l’adolescente, c’est-à-dire en un coup d’oeil. Et c’est la vie qui y passe, dans cet amour romantique. Le narrateur nourrit, lui, une admiration empreinte de mystère, d’un profond sentiment d’étrangeté et de proximité pour le jeune homme et l’intensité de sa passion. Passe un peu de temps et l’amour tombe en marche. Le grand Meaulnes se marie avec Mademoiselle de Galais, la belle jeune femme qui a abandonné l’autre mariage qui l’attendait. Le narrateur devient instituteur et sa plume raconte l’école, la campagne, leurs grandes petites aventures d’enfants d’une écriture entraînante, douce et teintée de nostalgie. Et peut-être est-ce cette teinte qui annonce, tôt dans le roman, la tragédie qui vient. C’est que le bonheur est insaisissable. Il est un arc-en-ciel, une illusion, on peut courir tant qu’on veut à la recherche de son pied et de ses trésors, rien n’y fera, on tombera bêtement. Je n’ai jamais couru. Je n’ai jamais pensé que j’étais né avec une quelconque vocation à être heureux. Parfois je connais la joie, et bien intense ; et c’est bien assez heureux ; le bonheur, c’est dans les romans. Mais même là, il ripe le bonheur. Le Grand Meaulnes ne peut pas. Quelque chose en lui le bouge, le déplace ; comme si l’intensité de son impulsion amoureuse ne pouvait souffrir le calme d’un ménage heureux. C’est finalement le roman du bonheur impossible, de l’illusion ou de la malédiction de l’arc-en-ciel. S’il flirte parfois avec l’édifiant, au style XIXe, combien de fois me suis-je dit : quelle folie que la guerre qui tua Alain-Fournier, lui qui aurait sans doute eu bien d’autres fortes et belles histoires à nous raconter. Que de bonnes sensations, que de belles descriptions, de justes phrases. C’est un beau roman dont, de surcroît, je me souviens parfaitement être passé à côté, au lycée, trop occupé à courir mes Yvonne de l’époque. Le relire m’apporta la fugace et vaine sensation de réussir à tout faire, à tout attraper, fut-ce avec trois dizaines d’années de décalage. Que soit chaleureusement remerciée notre adorable voisine N. qui me l’a tant vanté et finalement déposé dans la boite aux lettres.

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Le Grand Meaulnes
Alain-Fournier
Le livre de poche
348 pages
1913


 
Leo S. Ross
17 septembre 2022

 
 
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