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Le puits

Iván Repila

’est une fable, un conte métaphorique, un petit récit d’aventures. Deux enfants tombent dans un puits, deux frères. Le grand représente la rationalité, le devoir ; le petit représente le rêve et la poésie. Mais ils ne parviennent pas à remonter et en sont rapidement réduits à manger vers et insectes pour survivre à leur interminable enfermement terreux. On ne sait qui les y a poussés, on devine que la mère y est pour quelque chose. Cent vingt pages environ, et c’est bien assez, tant il est difficile de tenir la longueur dans quelques mètres carrés à sept mètres de profondeur. Le mieux à faire, avec ce cours roman, est de se laisser aller avec les images. Pour le reste, c’est tout de même proche de la grande supercherie : constamment ambigu, juste assez pour que le récit puisse à peu près tout signifier. Pour ce qui est du style, outre le manque de réalisme dérangeant de certains passages (ou des circonstances qui se perdent de vue, comme des dents cassées ou un panier), j’ai trouvé que les personnages d’enfants (au moins pour l’un d’entre eux) sont fort peu crédibles. « Tous les hommes, se dit-il, perdent le sommeil lorsque leur monde est obstrué. » Un enfant de plusieurs dizaines d’années peut écrire ça, un enfant de quelques années ne peut pas dire ça. Mais la suite de cette phrase éclaire aussi, peut-être, une partie de l’imaginaire politique de l’auteur : « Voilà pourquoi les révolutions des peuples meurtris et les pires fléaux ont lieu la nuit » (p. 65). Cette question – y a-t-il donc un sens politique, économique – m’a taraudé parce que la poésie du récit ne m’a pas emporté. Il faut dire, aussi, qu’avoir mis une saloperie de citation de Margaret Thatcher en exergue ne m’a pas mis dans les meilleures dispositions. Et, page 113, cette clé un peu glauque de Thatcher semble trouver un écho : « Tous ces jours, toutes ces semaines, consacrés à fortifier son corps, pendant que son frère fondait comme un cadavre ». Alors ce qui apparaissait comme de la cruauté de la part du plus fort se révèle finalement comme un sacrifice salvateur. Il fallait donc endurer la soumission, pour être sauvé. Bon. Non, pas bon, en fait. Il faut dire qu’une deuxième raison ne m’a absolument pas mis en bonne disposition pour lire ce livre : Zoé Valdès, l’écrivaine cubaine, en chante les louanges en préface. Or je la connais cette femme : ses compétences littéraires ne valent pas mieux que ses qualités humaines.

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Le puits
Iván Repila
Editions 10/18
Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud
Titre original : El niño que robó el caballo de Atila
2013, 121 pages


 
Leo S. Ross
23 août 2020

 
 
 
 
 

 
 
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